Ifinnity into the Lungs

De l’infini plein les poumons

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Ce n’est pas évident de choisir car vous pourriez avoir le sentiment de limiter ce qu’est vraiment ce désir.

C’est pour cela qu’en ce qui me concerne, j’ai choisir : l’infini.

L’infini, c’est tellement grand… Et puis, ce n’est pas seulement de l’infini, c’est aussi de l’indéfini. Du coup, ça me plait assez. J’aime bien l’incertitude.

L’inconvénient, c’est que justement, comme c’est indéfini, je ne sais pas trop quoi en faire ni comment en parler. Vous avez déjà écouté des personnes qui parlent de quelque chose d’indéfini ? Ils disent par exemple : « quand je suis arrivé au sommet de cette montagne de l’Himalaya, c’était, comment dire… c’était immense, grandiose, d’une beauté incroyable, c’était, euh, comment dire… ».

Et oui, comment dire ? Les mots sont faibles et insuffisants pour exprimer ce que l’on ressent face à l’infini. Et je me suis dit : il doit manquer quelque chose. Alors, comme c’est le genre de préoccupation qui m’asticote jusqu’à ce que je trouve la réponse - vous savez, ces questions qui vous réveillent en pleine nuit et qui vous coupent le sommeil d’un coup, en une seconde. « Mais qu’est-ce que tu fous là ? elle sert à quoi ta vie ? Tu n’as pas l’impression de passer à côté de quelque chose, là ? » - le genre de question où je me sens personnellement concerné. Et inutile de m’assoir en position de méditation et de me dire : « Allez, Ray, relax, zen, laisse l’infinitude emplir ton être, oublie ton mental parasite. Inspire… Expire… Inspire… Expire… » Ça ne marche pas.

L’interrogation est dans mes cellules. Chaque inspiration ne fait qu’accroitre la taille du point d’interrogation.

Et quand j’expire, une grosse bulle se forme et c’est le point d’un colossal point d’interrogation.

Une fois même, j’ai inventé une posture de yoga intitulée le point d’interrogation. Le dos courbé, les bras arqués dans le prolongement de la courbe, les mains jointes vers le sol. Le bassin bascule avant, les cuisses à 30 degrés, genoux semi-pliés, mollets à la verticale, sur la pointe des pieds, en équilibre sur un gros ballon de gym. Vous imaginez le tableau ?

La clé de cette posture, c’est la respiration ! on inspire très, très lentement, et puis on expire en sifflant, de l’aigu vers le grave, comme quand on simule un objet qui tombe de haut. Et là, d’ailleurs, en général, je suis tombé depuis longtemps.

Bon, sérieux, maintenant, je retire tout le superflu de la posture, et je ne garde que le basique : la respiration. La respiration, c’est la clé. Mais la respiration à deux temps, ce n’est pas suffisant. C’est là qu’il manque quelque chose.

ABRACADABRA, mesdames et messieurs, devant vos yeux ébahis et étonnés, je fais apparaitre une nouvelle respiration : la respiration à trois temps !

Savez-vous que, quand vous marchez sur un sentier, un trottoir, ou une allée de supermarché, seuls vos pieds reposent sur la Terre ? Tout le reste de votre corps est dans l’air, dans le ciel, dans l’univers, dans l’infini. Sautez en l’air et pendant deux secondes, c’est votre corps entier qui flotte dans l’infini. Et maintenant, imaginez qu’en sautant, vous preniez une grande inspiration et que vous vous éleviez dans les airs, dans le ciel de l’univers infini. Vous regardez en bas et vous voyez tous ces points d’interrogations sur pattes qui vont et viennent dans tous les sens, sauf le bon. Que s’est-il passé ? C’est la respiration à trois temps, mesdames et messieurs !

ASPIRATION – INSPIRATION – EXPIRATION

En fait, la respiration n’est pas la clé, mais la serrure. La clé, c’est l’aspiration !

L’aspiration déclenche la respiration, et la porte de l’infini s’ouvre.

Quand j’aspire à être infini, j’inspire l’infini, et ce que j’expire, ce que j’expire… ? Ah, tiens, voilà une nouvelle question qui va m’asticoter. Je surfe un peu sur le Net et je découvre qu’en respirant, j’expire du gaz carbonique qui contribue à l’effet de serre. J’inspire de l’infini, j’expire de la pollution ! Alors là, je ne sais pas qui a pu concevoir un système pareil mais ça n’est vraiment pas une réussite ! Et moi qui croyais jusqu’à maintenant que le corps humain était une merveille de l’évolution, d’une complexité et d’une ingéniosité énormissime. Cruelle déception. Adieu le monde zéro déchet, c’est foutu… D’ailleurs, en extrapolant un peu, on pourrait comparer la respiration à toutes les formes de l’activité humaine.

Inspiration : je prends, je capte, j’amasse, je ramasse, j’entasse. Parfois, j’entasse tellement que j’étouffe… Ce que j’ai pris, capté, amassé, je le transforme, je le mélange avec tout ce qui est en moi, mes désirs, mes pensées, mon imagination, mon ambition.

Et puis, je l’expire, je l’exprime, je crée, j’invente, je construis, j’exploite, je voyage, je détruis, je développe, je me reproduis.

Alors, si avant d’inspirer, avant de prendre, j’aspire, c’est différent.

Parce qu’avant de prendre, il y a comprendre. L’aspiration ouvre la porte. La porte de la compréhension, de l’humilité, de la compassion. L’aspiration ouvre la porte d’un autre art de vivre, d’une vie renouvelante. Ce que j’inspire, je le reçois et ce que j’expire, je le redonne. Et là, non seulement on n’est pas loin du zéro déchet, mais surtout on est plus proche de l’autre, des autres. Du coup, il me vient cette formule sortie de nulle part :

L’infini, c’est les autres, et je ne suis qu’un courant d’air.

Bref, cette histoire de fini et d’infini, ça m’a ouvert l’appétit. Je pense très fort au casse-croûte allongé à côté de ma bouteille isotherme, au fond de ma sacoche.

Tiens, d’ailleurs, à propos d’allongé, cela me fait penser au symbole mathématique de l’infini. Une sorte de huit allongé, comme ça : Ꝏ. J’imagine le huit, au départ. Un grand huit, debout, bien droit, comme ça : 8. Bien fermé. Comme un sablier, comme une respiration à deux temps. J’inspire, j’expire. Quand le temps est écoulé, il se retourne, et hop, ça recommence, nouvelle inspiration, nouvelle expiration, nouvelle incarnation.

Et puis un jour, abracadabra, voici qu’apparait le troisième temps, celui de l’aspiration. La fissure, la faille, le déséquilibre. Le grand huit oscille, balance, bascule et PATATRAS. Il se retrouve à terre. Étendu sur le sol, son corps parfait s’est ouvert. Le sable s’échappe, s’échappe et se répand, à l’infini. Il devient désert. Bientôt le soleil se cache, laissant la place au ciel étoilé. Le grand huit, couché sur le sable, contemple l’infini illuminé. Il s’endort, bienheureux. Au matin, il est réveillé par un bruit de moteur. C’est un avion. Il semble en difficulté. Il atterrit là, tout près. Le pilote descend de son aéroplane. Un petit Prince s’approche, une boîte sous le bras.

ASPIRATION – INSPIRATION – EXPIRATION

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