Le Passage

La mort, un choix pour la vie!

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En mai 2016 est paru sur Books on demand un ouvrage au sujet largement tabou : La Mort, un choix pour la Vie ! écrit par Martine Luce Blot , thérapeute, conseil en santé. Nous vous proposons de découvrir les grandes lignes de ce livre qui pose des questions aussi essentielles que… vitales !

Le premier chapitre fait un état des lieux, reprenant l’évolution des pratiques à travers le temps. Si celles-ci semblent à l’origine ritualisées et collectives, elles deviennent de plus en plus, à partir du XIIe siècle, sujettes à un individualisme nouveau, en se détachant progressivement d’une résignation « confiante et spontanée » comme l’écrit l’auteure ; une volonté « d’être soi » émerge.

L’auteure explore ensuite les rituels funéraires selon les civilisations. L’occasion d’un voyage en direction de l’Asie, en passant par l’Égypte et le « Livre de la sortie au jour » (véritable titre du Livre des Morts), pour revenir vers l’Europe et évoquer l’Ars Moriendi chrétien. Ce panorama non exhaustif permet de comprendre la diversité des situations culturelles. 

La situation française actuelle est ensuite présentée : les rites des pompes funèbres officielles et des grandes religions ou courants religieux. Cela est illustré par l’exposé de trois hommes : un curé, un pasteur et un imam. L’auteur fait ensuite une incursion chez les peuples traditionnels pour revenir au quotidien en France : la mort en milieu hospitalier.

Le chapitre VIII de l’ouvrage aborde le sujet des « expériences de mort imminente » (NDE : Near death experiences), à partir de témoignages et d’enquêtes. Ces diverses approches du phénomène des états altérés de conscience nous révèlent d’autres visions de la réalité́. Elle présente également la philosophie d’autres courants ésotériques ouvrant grand le champ des possibles dans une vision macrocosmique de l’être humain.

Le dernier chapitre s’intéresse au monde animal : les animaux de compagnie dont la mort provoquera un chagrin et un deuil intense chez leurs maîtres… et les animaux tués par millions chaque jour dans les abattoirs, dans l’indifférence et l’assentiment de la société.

Ce livre très vivant nous fait réfléchir sur les manières d’accueillir ce moment ultime de la vie qu’est la mort. Il flirte avec l’idée du dévoilement et de la séparation de plus en plus ténue avec l’au-delà dans l’expérience appelée « mort provisoire ». Les personnes ayant vécu une expérience de « mort provisoire » parlent d’une frontière qu’elles n’ont pas pu franchir. C’est ce qu’explique le docteur Jean-Jacques Charbonier, médecin réanimateur et écrivain qui a suivi les progrès en matière de réanimation permettant d’aller rechercher les personnes de plus en plus loin dans le processus de la mort. « Peut-être qu’un jour le point de non-retour actuel évoluera en fonction de nos capacités de réanimation, et qu’il sera alors possible de franchir cette frontière. Des gens nous diront peut-être ‘Je suis quand même passé au-delà de la frontière, derrière la lumière’. Ce jour-là, nous serons peut-être en mesure d’en savoir plus sur l’existence éventuelle d’une vie après la vie.

Le livre offre également des informations sur la réalité vécue par nos contemporains aujourd’hui en France, sur ce qu’est réellement mourir en France. Les informations donnent accès à des points de vue multiples et des domaines différents autour de la mort.

« Depuis la nuit des temps, on vit, on meurt, mais nous ne nous habituons pas à la mort » écrit Danielle Sylvestre. Apparemment, personne n’y parvient vraiment ! (Danielle Sylvestre, « Qui sont les professionnels de la mort ? » dans Mourir aujourd’hui, les nouveaux rites funéraires, sous la direction de Marie-Frédérique Bacqué, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 57).

Sortir du tabou est l’intention de cet ouvrage. Dans notre réalité contemporaine, chacun est placé face à sa propre mort, dans un recul, voire une disparition des repères traditionnels et religieux. Ce vide laisse souvent place à la peur. Martine Luce Blot nous aide à comprendre ce qui se joue et comment nous pouvons faire en sorte que la mort redevienne un moment de vie sans solitude et serein parce que porté et entouré du sens que nous lui donnerons. Il en va de même de l’amour et de l’attention que vous témoignez à celle ou à celui qui s’en va. Voici quelques extraits :

La mort est une découverte récente et inachevée (André Malraux, Lazare, 1974). Dans chaque battement de mon cœur, dans chaque souffle de ma respiration la vie loue le sacré. La danse de l’ami, le vol de l’hirondelle, le rire d’un enfant, les rides d’une mère, l’automne dans le jardin de mon père, sont comme les notes de ce chant sacré. Tout autour, en-dedans, au-dessus et en-dessous, partout sur cette terre, la Vie se manifeste jusque dans les moindres recoins.

« Je ne crois pas grand-chose. Je ne crois même en vérité qu’une seule chose. Mais cette certitude a coulé partout, a tout imbibé. Pas un fil de l’existence n’est resté sec. Elle tient en deux mots : la vie est sacrée » dit Christiane Singer. Les anciennes sagesses portaient ce sacré à l’intérieur de leur temple et tous les évènements de la vie y étaient reliés. La mort, ce passage de la vie dans une autre dimension, ne faisait pas exception.

Depuis mon enfance, suite à trois expériences très fortes dans le même temps et dans le même espace, l’idée de ce passage m’accompagne. L’expérience d’une mort imminente, le décès à mes côtés d’une petite fille hospitalisée, et l’arrivée dans la maison familiale d’amis pieds noirs cherchant asile, me firent basculer dans l’impermanence de la réalité. Ensuite, au cours de l’exercice de mon métier d’infirmière débuté très jeune, j’ai été présente au moment de l’agonie et de la mort de patients dont j’avais la responsabilité. Et c’est avec mes propres ressources intérieures que j’ai alors accompagné des mourants. Ces différentes expériences ont été́ le déclenchement d’une soif de comprendre ce qu’est la Vie et pourquoi on naît sur terre et pourquoi l’on en repart en mourant. « Naitre à la Terre, c’est mourir au Ciel et naitre au Ciel, c’est mourir à la Terre » écrit Sylvie Ouellet (Bienvenue sur Terre ! Edition Le Dauphin Blanc, 2008).

Pourquoi la mort fait peur ? Pourquoi la mort est-elle devenue l’affaire du corps médical et des pompes funèbres ? Pourquoi la mort est vouée au silence face à nos individuations isolées ? Plusieurs auteurs comme Edgar Morin et Norbert Elias s’accordent à dire que les tabous sociaux se sont renforcés en ce qui concerne la mort. Pour Philippe Ariès « Fuir la mort, telle semble être la tentative de l’Occident ». (Essais sur l’histoire de la mort en Occident, Editions du Seuil, 1975).

Quand la maladie ne peut plus être vaincue et que la mort devient dans le fond de la conscience véritablement inéluctable, quand les dernières défenses physiques et psychiques sont tombées, quand il est temps de rendre les armes avant de bientôt rendre le souffle, l’être humain sait qu’il a un ultime rendez-vous avec lui-même. Celui qui regarde la fin de sa vie n’est pas encore mort. Il chemine encore et, dans les errements de cette mort annoncée, dans un mouvement de dépouillement et de recentrage sur l’essentiel, il rencontre des questions sans âge, celles qui remontent des profondeurs de l’âme et qu’il ne peut plus éluder aisément : « où vais-je ? » et « qui suis-je ? » sont les questions fondamentales auxquelles peuvent, à ce stade, se résumer toutes les autres.

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