light and darkness

Réflexion sur le bien et le mal

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Hannah Arendt, philosophe allemande du XXe siècle, à l’issue du national-socialisme, s’est très intensément penchée sur la question de savoir ce qu'est réellement le mal et de comprendre son origine. Elle est arrivée à une conclusion étonnante et importante :1

« Jamais radical, pas de profondeur »… Cela signifie que le mal n'atteint pas les couches les plus profondes de l'homme. Malgré ses horreurs, il reste dans un domaine extérieur auquel nos pensées et nos sentiments appartiennent également. Là, il peut prendre des formes monstrueuses. Il peut s'emparer de presque toutes les personnes et pourtant il n'a aucun lien avec le plus profond de l'être humain, avec ce qu'il est réellement.

Les mots sont liés entre eux, sont en rapport les uns avec les autres, se définissent les uns les autres. On ne sait ce qui est mal que si l'on sait ce qui est bien.

Le bien et le mal tels que nous les connaissons sont relatifs. Ce qui est bon pour une personne peut être mauvais ou mal pour une autre. De notre point de vue, nous ne pouvons pas savoir de manière fiable ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Voici un exemple tiré du Coran : dans la sourate 18, il est décrit comment une personne qui est bénie par Dieu commet des actes qui, de notre point de vue, sont forcément qualifiés de mal. A un moment de ce récit mystérieux, l’homme fait une brèche dans le fond d'un bateau pour qu'il coule puis il tue quelqu’un. Moïse qui l'accompagne, proteste contre ces actions. Puis il a une révélation et il prend conscience que ces actions ont en réalité une portée positive pour l’avenir.
 

Du point de vue de la réalité de nos vies, il n'est pas possible de dire exactement ce qu'est le mal.

Du point de vue de l'Absolu cependant, il peut être clairement formulé. Le Corpus Hermeticum, un recueil d'écrits du début de notre ère contenant les enseignements de la sagesse égyptienne, grecque et juive, explique : « Le mal de l'âme est son ignorance. Son manque de Gnose, la Connaissance qui vient de Dieu. (Livre 12, verset 24). Plus loin : « La grande maladie de l'âme provient de ce qu'elle renie Dieu, de là son penser erroné qui fait naître le mal sans rien susciter de bon » (Livre 13, verset 7). Et nous trouvons l'exhortation : « Rentre en toi-même et cela viendra » (CH 14. Livre, v. 25), « cela » signifiant le seul Bien.

Ne pas connaître l'Absolu signifie en même temps ne pas se connaître soi-même, nier son moi le plus profond qui repose dans l'Absolu. Tant que l’on demeure dans cette ignorance, tout comportement de vie se déroule en dehors de l'action divine et laisse des conséquences qui se retournent à un moment donné. La sagesse chinoise dit dans le Tao Te King : « Connaître la loi éternelle, c'est être éclairé. L'ignorer, c'est la confusion et, par là, c'est le malheur » (Chapitre 16).

 

1(Hannah Arendt, A propos du Mal - Conférence sur les questions d'éthique, 12e édition, Munich 2017, p. 77).


 

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